Les techniques présentes à Simsalabim : la broderie
La broderie d'or (Goldwork)
La broderie d'or est une très ancienne technique de broderie connue en Occident au 9e siècle déjà. Le travail avec des fils d'or nous vient de l'Orient (notamment de l'Inde) à travers des pays du Magreb (Maroc, Tunisie) et était réservé aux brodeurs et brodeuses spécialisé-e-s. Le consommateur principal des broderies d'or et d'argent était dès le 9e siècle l'Eglise, qui faisait confectionner des vêtements liturgiques magnifiques pour le clergé. La noblesse fut rapide à imiter les hommes d'église en se parant de broderies en or et en argent. C'est également grâce à l'Eglise que de beaux exemples de broderie d'or ont été conservés, puisque les rois et les grands seigneurs faisaient souvent brûler leurs riches vêtements pour récupérer les métaux précieux dans le but de financer leurs armées.
La broderie d'or est une broderie qui crée des contrastes de surface et de relief : certains fils sont lisses, d'autres formés en spirale, d'autres encore frisés. Ce type de broderie exige beaucoup de précision, de doigté et de rigueur lors de sa réalisation.
La broderie en relief (Stumpwork)
La broderie en relief est une technique relativement ancienne dont les premières traces datent du 17e siècle et qui était très populaire entre 1650 et 1700. Il semblerait que déjà à l'époque, il était possible d'acheter des 'kits' avec tout le matériel nécessaire pour réaliser tel ou tel autre motif - nous n'avons donc rien inventé ! Cette technique est en effet un pot-pourri de techniques différentes qui donne des résultats des plus surprenants.
Ce type de broderie crée des reliefs, comme son nom l'indique, mais différemment que la broderie d'or. L'objectif de la broderie est de réaliser des motifs divers - feuilles, fleurs, guirlandes, fruits, légumes, animaux, personnages, châteaux, etc. - puis les découper et les rassembler sur un seul support. Traditionnellement, les draperies et baldaquins des lits de la noblesse étaient parsemés de broderie en relief, ainsi que certaines tapisseries murales, coussins et petites boîtes.
La peinture à l'aiguille (Silk Shading)
La peinture à l'aiguille (Silk Shading) est une technique de broderie basée sur un point ancien nous venant du Moyen Âge, le point empiétant, remis au goût du jour. Cette technique, qui est devenue très populaire au 18e siècle, explore les possibilités de reproduire des fleurs et des végétaux de manière la plus réaliste possible en utilisant des fils de soie. Les vêtements de la noblesse et du clergé ainsi que le mobilier étaient à cette époque richement brodés en Silk Shading.
Anciennement, des fils de soie étaient brodés sur une étoffe de soie très fine. Aujourd'hui, le coton mouliné mercerisé est le fil le plus populaire pour cette technique, vu que les fils de soie demeurent un produit de luxe. Broder avec un brin permet non seulement de créer des dégradés et des camaïeux performants mais également d'être très précis dans la réalisation des détails d'un motif.
Actuellement, le Silk Shading n'est pas très répandu en Europe, sauf en Angleterre où il est largement apprécié en tant qu'ornement pour des objets de tout genre, notamment coussins, tableaux, pochettes en soie, étui de lunettes et petits sacs à main. En France, cette technique est connue sous le nom de peinture à l'aiguille, et certain-e-s artistes utilisent cette technique pour leurs tableaux.
La broderie noire (Blackwork)
Des traces de l'existence de la broderie noire existent dans des textes littéraires du 14e et 15e siècles, mais malheureusement aucun objet en broderie noire ne nous est parvenu de ces temps bien lointains. Des preuves formelles sont attestées seulement depuis 1501, la date du mariage de Catherine d'Aragon, qui nourrissait une passion pour la broderie, passion qu'elle avait héritée de sa mère. Les tissus brodés de broderie noire de cette époque étaient ornés de motifs géométriques dans le style espagnol, hautement influencé par l'architecture mauresque.
La broderie noire est une technique de broderie à points comptés, c'est-à-dire qu'il doit être possible de compter les fils du tissu dans le but de créer les motifs géométriques de la broderie noire. La broderie noire est généralement réalisée sur du tissu de lin ou de coton blanc avec un fil noir. Anciennement, du fil de soie était utilisé sur du lin fin. Aujourd'hui le coton mouliné a supplanté la soie.
La broderie noire a lentement été substituée par d'autres techniques de broderie réputées plus sophistiquées, notamment la peinture à l'aiguille (Silk Shading) et le Crewel. Aujourd'hui, la broderie noire contemporaine est adaptée aux créations artistiques. Les mêmes petits points géométriques d'antan sont donc utilisés pour produire un effet de contrastes au niveau du blanc-gris-noir, comme dans des photographies anciennes.
La broderie blanche (Whitework)
Le terme de 'broderie blanche' englobe en réalité une multitude de techniques de broderie, qui utilisent toutes un tissu blanc sur lequel sont brodés des motifs en blanc. Les techniques les plus fréquentes sont le Richelieu, la broderie blanche ajourée à fils coupés, la broderie blanche ajourée à fils tirés, la broderie ombrée, le Hardanger, la broderie anglaise, le Schwalm et le Mountmellick. Jadis, les jeunes filles brodaient leur linge de maison en broderie blanche. Il s'agissait surtout de leurs initiales et de motifs floraux dans les bordures des draps et des sous-vêtements. La broderie blanche est en général très 'chronophage', c'est-à-dire que le travail est lent à cause du fil utilisé qui est très fin. Certaines techniques comme le Hardanger et le Mountmellick paraissent moins sophistiquées, étant réalisées avec des tissus et des fils plus épais.
Actuellement, la broderie blanche n'est plus très appréciée et il est rare de rencontrer des brodeuses qui font de la broderie blanche.
La broderie de laine (Crewel)
La broderie de laine ou Crewel a commencé à se développer surtout en Angleterre dès le 16e siècle. Ce genre de broderie était traditionnellement réalisé avec un fil de laine à deux brins. Les motifs étaient choisis à partir de la nature : fleurs, feuilles, insectes etc. Souvent, les couleurs et les proportions n'étaient pas respectées et sur des créations anciennes, on trouve souvent des végétaux fantaisistes dans les motifs courants. Au 18e siècle, les motifs orientaux étaient très appréciés. Les points utilisés sont multiples : point de noeud, point de poste, point de tige, passé plat, point empiétant, point de sable, grilles, couchures, point d'araignée et bien d'autres encore se côtoient dans une œuvre en Crewel, en général réalisée sur un tissu de lin rustique.
Aujourd'hui, la broderie de laine est encore très populaire dans les pays anglo-saxons mais un peu moins en France et en Suisse, sauf pour les broderies de certains costumes folkloriques. La laine est considérée comme une matière peu noble et est souvent remplacée par le coton mouliné ou la soie.
La broderie sur canevas (Canvaswork)
Le canevas est un tissu solide en coton, tissé très peu serré pour permettre à l'aiguille et au fil de passer aisément entre les fils de la chaîne et de la trame. Ce genre de broderie est souvent appelé 'gobelin' bien qu'il ne s'agisse pas d'un tissage des ateliers des Gobelins. Les points qui peuvent être utilisés sont nombreux et les variations de points infinies. Il est possible d'utiliser des fils de tout genre, laine, coton, soie, et maintenant également des fils synthétiques. Si l'on travaille uniquement en respectant les trous, le résultat devient très géométrique. Pour obtenir des formes complètement rondes ou arrondies, il faut recourir à une stratégie de superposition de points.
La broderie sur canevas était très populaire parmi les dames de la haute société jusqu'au début du XXe siècle. Les broderies étaient utilisées pour recouvrir les sièges de fauteuils, chaises et canapés de tout genre ou encore de servir comme tapisserie murale. Aujourd'hui, le déclin de la broderie sur canevas est flagrant, bien que certaines expressions contemporaines pourraient relancer ce type de broderie.
La broderie appliquée (Appliqué)
La broderie appliquée est une technique de broderie relativement jeune se basant sur le patchwork. En utilisant de petits bouts de tissus et en les réunissant soit à la machine, soit à la main, la brodeuse crée ainsi ses motifs en les appliquant d'une certaine manière. Cette technique est très ouverte : il est possible d'utiliser d'autres techniques de broderie en combinaison avec l'appliqué. Chaque brodeuse semble utiliser différemment la technique de la broderie appliquée, selon son but et son design.
Tout type de tissu peut être utilisé : coton, lin, laine, synthétique, souvent renforcés par une couche de Vlieseline ou de Bondaweb pour empêcher que les tissus s'effilochent. Plusieurs couches de tissus sont parfois utilisés dans les broderies pour créer des effets spéciaux. Des détails peuvent être rembourrés pour créer un effet de relief.
Tous les fils sont les bienvenus, polyester, coton, lin, soie, fantaisie, dégradé, épais, fins, tout ce qui se montre nécessaire pour obtenir le résultat final.
En général, les bouts de tissus sont appliqués sur le tissu de base légèrement détendu, tandis que tous les points de broderie sont réalisés sur un tissu bien tendu.
La broderie de Bayeux
La broderie Bayeux nous vient de la Tapisserie de Bayeux datant du 11e siècle. Dans ce type de broderie sont utilisés des fils de laine sur un tissu de lin. Il y a mille an, la matière première était précieuse (lin, chanvre, laine, soie) et il fallait économiser le fil autant que possible. Les points présents dans la broderie Bayeux sont donc principalement le point de tige, le point de chaînette et la couchure surmontée par des barrettes et des picots.
De nos jours, nous trouvons des kits avec de la broderie Bayeux, représentant aussi bien des motifs de la Tapisserie de Bayeux que des motifs contemporains. Les points ainsi que les matières sont par contre les mêmes qu'au 11e siècle, c'est-à-dire la laine et le lin.
La broderie 'free-style'
La broderie 'free-style' n'est pas en soi un genre de broderie défini ni traditionnel. Le free-style permet à la brodeuse/ au brodeur d'utiliser une quantité de techniques différentes dans la même broderie et en même temps de développer sa créativité. Des fils fantaisie sont souvent présents, ainsi que des fils métalliques, des rubans, des perles, des objets miniatures et d'autres choses insolites. La broderie free-style permet à sa créatrice/ son créateur une entière liberté et donne ainsi plus de place à la créativité.
Les points de croix ou points comptés
Une petite place est donnée à Simsalabim aux points de croix. Le point de croix est une technique de broderie qui date au moins du 16e siècle et qui servait à apprendre aux jeunes filles l'alphabet tout en brodant des abécédaires qui servaient également d'échantillon pour d'autres points de broderie. Le principe est simple : il s'agit de broder des croix successives et de couleurs différentes pour former les motifs. Il suffit donc de suivre le schéma proposé.
Aujourd'hui, la broderie aux points de croix est l'une des techniques les plus populaires en Suisse-romande, et il est très facile de trouver des kits ravissants en points de croix.
Le montage artisanal de broderies
Pour pouvoir mettre en valeur certaines broderies, notamment la broderie d'or et la broderie en relief, il est conseillé de les encadrer. Malheureusement, les encadreurs ne font plus un travail de montage approprié à la conservation des broderies : des colles ainsi que des méthodes parfois inadéquates sont actuellement utilisées lors de l'encadrement des broderies. Il est donc judicieux en tant que brodeuse/ brodeur de connaître le montage artisanal de broderies, afin de faire un travail de montage adéquat et propre.
Le montage est un procédé qui implique plusieurs étapes : la préparation du support en carton, la fixation provisoire de la broderie sur le support, la fixation définitive de la broderie sur le support et finalement la couture d'une toile protectrice au dos du support. La broderie est ainsi entièrement cousue sur son support et ne devrait pas subir de dégradation due à la colle avec le temps. Le montage de broderies est un travail minutieux et exigeant mais absolument indispensable pour l'obtention d'une belle broderie qui fera ainsi fi aux années à venir.
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