Le tissage
Le tissage au métier à tisser
Selon certains archéologues, le tissage aurait existé déjà il y a 32 000 ans. Quelques siècles avant notre ère, différentes fibres étaient déjà utilisées, comme par exemple le chanvre et le lin dans le nord de l'Europe, la laine de mouton notamment dans les pays méditerranéens, la soie en Chine, la laine de lama et d'alpaca en Amérique du sud et le coton en Amérique du nord et Egypte.
Petit à petit, des métiers à tisser font leur apparition. Les premiers métiers étaient très simples : des fils étaient suspendus depuis un support et tendus vers le bas par des poids (pierres ou autres). Le tissage se faisait debout : il fallait donc introduire le fil de trame et le battre vers le haut, ce qui n'était pas très pratique. Par conséquent, le travail était lourd et l'on produisait des tissus simples, grossiers et relativement courts de cette manière. Parfois, des fils étaient tendus horizontalement entre deux supports, et le tisserand était accroupi à terre pour tisser. Ceci était le cas notamment des tisserands égyptiens : il n'était donc pas conseillé de devenir tisserand, puisque le métier était usant et très lourd.
Les Chinois et les Orientaux semblent avoir pu développer la structure du métier à tisser pour pouvoir produire des tissus de plus en plus complexes. Ces techniques ont probablement voyagé avec les caravanes et les artisans qui se déplaçaient pour travailler dans les grandes cours notamment d'Europe. Au Moyen Âge déjà (13e et 14e siècle), le métier à tisser en Europe était déjà très développé et performant : toutes les armures de base (toile, sergé et satin) que nous connaissons aujourd'hui existaient déjà, et des tissus tels que brocards et soieries polychromes brochées étaient déjà produits pour ceux qui pouvaient se les offrir.
Le tissage, tout comme la broderie, était à l'époque un artisanat très réglementé et respecté de tous, bien que les travailleurs et travailleuses du textile n'étaient pas bien rémunérés. Une grande industrie de draperie (tissus de laine) se met en place déjà au Moyen Âge, et les tissus de laine anglais (p.ex. broadcloth, worsted) avaient une très bonne réputation. Les tissus étaient en général en lin, en chanvre et en laine, mais il était possible d'en trouver en mi-fil (coton-lin) ou encore en soie. Au Moyen Âge, les Européens n'étaient pas capables de produire un beau fil de coton, et par conséquent les fibres de coton étaient souvent utilisées en tant que rembourrage des dessous d'armures ou pour des tissus bon marchés. Les couleurs utilisées étaient presque toujours blanc et écru ou d'autres couleurs naturelles pour le lin. La laine était cependant teinte à profusion, puisque les fibres de laine absorbent facilement les pigments de couleur. Il est clair que certaines couleurs étaient difficiles et coûteuses à obtenir, notamment le bleu royal, et cette couleur était donc réservée pour l'usage unique des rois.
Avec l'apparition des rouets et des machines à filer plus rapides que le fuseau, le fil devient plus facile à produire et donc moins cher, ce qui rend le métier à tisser encore plus populaire. Les XVIIIe et XIX siècles voient malheureusement le déclin du tissage artisanal : la mécanisation et l'industrialisation rendent les objets faits main peu intéressants et démodés. Les tissus " exotiques " (notamment les tissus en coton imprimés) venant des nouvelles colonies étaient d'ailleurs moins chers que les tissus artisanaux faits sur place. La production mécanique de textiles s'accélère au XXe siècle, et de nouveaux tissus, entre autres en matières synthétiques, voient le jour. Le prix des tissus baisse, et dans le monde occidental, la pratique du tissage artisanal disparaît peu à peu, sauf dans certains pays, notamment la Suède et la Finlande, où le tissage traditionnel continue à être pratiqué par les personnes vivant à la campagne.
En Suisse, le tissage est plutôt associé aux ateliers de handicapés ou en tant que thérapie pour les personnes en difficulté psychologique. Le tissage artisanal est donc actuellement exercé chez soi ou en atelier par une petite minorité de personnes, sauf peut-être dans les pays émergeants, où les populations n'ont pas encore accès au confort du monde industrialisé.
Le tissage aux cartons
Le tissage aux cartons est très ancien, tout comme le tissage au métier à tisser. Il y a environ 5'000 ans déjà, les Egyptiens tissaient des bandes pour décorer leurs tuniques en lin. Les Vikings appréciaient également le tissage aux cartons pour élaborer des bandes colorées en tant que décoration pour leurs vêtements et leurs objets quotidiens. Avec la fin du Moyen Âge, les objets ainsi réalisés ne sont plus à la mode et le tissage aux cartons passe la main au tissage au métier à tisser. Cependant, certains objets ont toujours continué à être produits en tissage aux cartons, notamment des rênes et des brides pour les chevaux et les bœufs.
Le principe du tissage aux cartons ressemble beaucoup au tissage sur métier à tisser mais les outils sont différents. Au lieu d'un métier à tisser et ses accessoires, l'on utilise des cartons avec des trous par lesquels passent les fils pour le tissage. Après avoir étendu les fils de chaîne entre un point fixe et le- la tisserand-e, il-elle tourne les cartons, soit dans un sens soit dans l'autre, et insère les fils de trame après chaque quart de tour. Ainsi sont crées des motifs géométriques tels que losanges, carrés, raies ou sergés.
Aujourd'hui, le tissage aux cartons est une curiosité et est parfois exercé par des mordus de reconstitution des époques Viking et médiévale. Les objets tissés sont utilisés soit en tant que ceintures soit pour la reconstitution de vêtements historiques. Il est clair que les bandes réalisées en tissage aux cartons peuvent être utilisées en tant que décorations même de nos jours, en plus, elle sont très décoratives.
La tapisserie
Depuis le début des civilisations, le goût pour la tapisserie ainsi que sa pratique existe déjà : les Orientaux, les Egyptiens, les Coptes et même les Romains aimaient parer leurs murs de belles tapisseries décrivant des moments de gloires ou des épisodes de leurs mythologies.
C'est seulement avec les croisades que la tapisserie est introduite en Europe. Des tisserands parisiens se lancent dans la production de tapisseries qui deviennent rapidement des produits de luxe. Le prestige et les richesses d'un seigneur sont souvent mesurés d'après les tapisseries qui décorent sa demeure. Les grands seigneurs engagent des maîtres pour élaborer leurs tapisseries. Ces maîtres jouissaient d'une très bonne réputation : il s'agissait de réels créateurs, puisqu'ils s'occupaient de la ligne graphique, de l'élaboration des motifs (souvent choisis par le seigneur), de la planification ainsi que de l'exécution du travail textile. Malheureusement, très peu de maîtres tapissiers ont laissé des traces de leurs noms dans les tapisseries : à l'époque, il n'était pas important de connaître l'artiste derrière l'objet mais plutôt connaître de quel atelier le chef-d'œuvre sortait et quel seigneur en était le propriétaire. Les tapisseries étaient souvent exposées aux balcons des grandes maisons pendant tout l'été, ainsi exposées aux éléments naturels. Voici donc la raison pour laquelle bien des tapisseries ont perdu leurs couleurs et leur éclat.
La tapisserie se développe à partir de la Renaissance. De grand maîtres-peintres sont appelés pour créer les motifs et les maîtres-tapissiers deviennent ainsi de simples exécutants. Le travail devient de plus en plus complexe, les teintures des fils de plus en plus performantes, jusqu'au moment où la demande devient trop importante et les ateliers doivent commencer à utiliser des teintures moins chères ainsi que des apprentis pour réaliser le travail le plus répétitif. Petit à petit, la tapisserie perd sa bonne réputation et la mode oriente les clients habituels vers d'autres produits.
Aujourd'hui, la tapisserie est en déclin en Europe. Certaines dames font encore de la tapisserie pour leur usage personnel et certains grands ateliers fonctionnent toujours en France. Cependant, les grandes tapisserie murales ne sont plus d'actualité dans nos maisons modernes chauffées au mazout, et très souvent, les ateliers qui existent encore s'occupent plutôt de restauration de tapisseries anciennes.
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